Pascal Dagnan-Bouveret, Une noce chez un photographe, 1879

Pascal Dagnan-Bouveret (Paris, 1852 - Quincey, 1929), Une noce chez un photographe, 1879, Huile sur toile. Donation de Jacques Bernard, 1879. Musée des Beaux-Arts de Lyon.

-

Ce qui frappe d'abord, c'est l'animation. Pas le calme habituel du portrait de mariage, pas deux sujets figés devant un fond neutre. Ici, c'est toute une noce qui déborde dans l'atelier d'un photographe parisien, chaque personnage absorbé dans sa propre histoire, et le peintre qui observe tout ça avec une précision presque clinique.

La peinture qui regarde la photographie

Le choix du sujet n'est pas anodin. En 1879, la photographie est encore une nouveauté sociale. Depuis que Niépce et Daguerre ont rendu le procédé public en 1839, les progrès techniques n'ont cessé d'en démocratiser l'accès, et l'atelier du photographe est devenu un nouveau rituel bourgeois, notamment pour les mariages. Dagnan-Bouveret ne peint pas simplement une scène de genre : il peint un phénomène de société à l'instant précis où il entre dans les mœurs.

Il y a quelque chose d'un peu vertigineux dans ce choix : un peintre qui représente l'acte photographique, dans une époque où la photographie commence tout juste à se demander si elle ne va pas finir par remplacer la peinture. Dagnan-Bouveret répond à cette question à sa façon, en montrant ce que la photographie ne peut pas encore faire : rendre le mouvement, la vie, l'atmosphère d'une scène entière.

Ce qui est intéressant aussi, c'est que Dagnan-Bouveret sera lui-même l'un des premiers peintres à utiliser la photographie comme outil de travail préparatoire pour ses compositions. La toile est basée sur l'étude d'un véritable atelier de l'avenue des Ternes à Paris, et cette fidélité au lieu réel se ressent dans la composition. Il y a donc une mise en abyme dans cette toile : le futur utilisateur de la photographie comme outil peint la photographie comme sujet.

Un succès qui dit quelque chose du marché de l'époque

La toile a connu un grand succès au Salon de 1879, l'année même de sa réalisation, et entre dans les collections du musée par donation la même année. Pour un peintre de 27 ans encore en train de construire sa carrière, c'est un signal fort. Le marché de l'art du XIXe siècle fonctionnait largement à travers le Salon, et un succès public immédiat se traduisait directement en commandes et en cotes. Dagnan-Bouveret obtiendra d'autres reconnaissances par la suite (médaille de première classe au Salon en 1880, médaille d'honneur en 1885), mais cette noce reste l'une de ses premières grandes réussites publiques.

Dagnan-Bouveret sur le marché aujourd'hui

C'est là que ça devient intéressant pour les collectionneurs. Dagnan-Bouveret est un cas typique d'artiste académique français du XIXe siècle : reconnu en son temps au plus haut niveau, presque oublié au XXe siècle au profit des impressionnistes, et progressivement redécouvert depuis quelques décennies.

Ses huiles sur toile atteignent régulièrement les dizaines de milliers d'euros en vente aux enchères. Sa Madone à Treille (1888) a été adjugée à plus de 226 000 euros, très au-dessus de son estimation initiale. Son record en date est de 493 000 USD pour La Vaccination, vendu chez Bonhams en 2026. Ce sont des résultats qui reflètent une tendance plus large : la réévaluation progressive de la peinture académique et naturaliste française du XIXe siècle, longtemps boudée par le marché mais qui attire aujourd'hui une clientèle internationale, notamment en provenance des États-Unis et d'Asie.

La fenêtre d'entrée reste toutefois raisonnable pour des œuvres de format moyen ou des dessins et études préparatoires, qui circulent encore à des prix accessibles comparativement aux peintures majeures. C'est un segment à surveiller, particulièrement pour les collectionneurs qui cherchent à acquérir un nom avec un pedigree muséal solide avant que la réévaluation ne soit pleinement complétée.