Vue de trois quarts avant de la sculpture "Chien danois" de Georges Gardet (1898), marbre veiné gris, Musée des Beaux-Arts de Lyon. Dogue allemand couché, tête posée sur la patte, avec vitrine de sculptures en arrière-plan.

Georges Gardet, "Chien danois" (1898), un dogue endormi dans le marbre

Vue de trois quarts avant de la sculpture "Chien danois" de Georges Gardet (1898), marbre veiné gris, Musée des Beaux-Arts de Lyon. Dogue allemand couché, tête posée sur la patte, avec vitrine de sculptures en arrière-plan.

Georges Gardet (Paris, 1863-1939) Chien danois, 1898, Marbre, 30,5 x 117 x 43 cm. Achat auprès de l'artiste par l'État, 1898. Dépôt du Centre national des arts plastiques, 1902. Musée des Beaux-Arts de Lyon.

Au Musée des Beaux-Arts de Lyon, dans une salle consacrée aux arts décoratifs de la fin du XIXe siècle, repose une sculpture qui arrête net : un dogue allemand couché, endormi, taillé dans un marbre veiné de gris. La pièce est si réaliste qu'on hésite presque à parler, comme si on risquait de réveiller l'animal.

Il s'agit du Chien danois, réalisé en 1898 par Georges Gardet (1863-1939), l'un des grands noms de la sculpture animalière française. Fils et frère de sculpteurs, formé à l'École des Beaux-Arts de Paris auprès d'Aimé Millet et d'Emmanuel Frémiet, lui-même figure incontournable du genre animalier, Gardet a consacré sa carrière à observer et restituer le monde animal avec une précision presque scientifique, mais sans jamais perdre la sensibilité du portrait.

Pourquoi cette œuvre retient l'attention

Ce qui frappe avec ce Chien danois, c'est le traitement de la matière. Gardet n'utilise pas un marbre blanc et lisse, mais une pierre fortement veinée, dont les nuances de gris dessinent presque naturellement le pelage tacheté de l'animal, un effet que les sculpteurs animaliers de l'époque recherchaient activement. Le résultat dépasse la simple prouesse technique : il y a une vraie tendresse dans la pose, dans le museau posé sur la patte, dans le collier sculpté avec autant de soin que le reste.

C'est aussi un témoignage d'une pratique bien établie à la fin du XIXe siècle : les portraits d'animaux de compagnie commandés par une clientèle aisée, qui voulait immortaliser un chien ou un cheval aimé avec le même sérieux qu'un portrait de famille. Gardet en a fait une véritable spécialité, et ses pièces se trouvent aujourd'hui dans plusieurs collections muséales et privées, de Chantilly à Lyon.

Vue latérale de la sculpture "Chien danois" de Georges Gardet (1898), marbre, Musée des Beaux-Arts de Lyon. Détail du dos et de la croupe de l'animal, mobilier Art Nouveau en arrière-plan.

Une note pour les collectionneurs

Les marbres animaliers de cette période, Gardet en tête, reviennent régulièrement sur le marché des ventes spécialisées en sculpture XIXe siècle, et l'intérêt pour cette catégorie reste soutenu, notamment pour les pièces en marbre "bleu turquin" qui produisent cet effet de pelage si particulier. C'est un segment que je trouve sous-estimé par rapport à la sculpture animalière en bronze, plus connue du grand public.

En bref

C'est un chien endormi en marbre, sculpté il y a 128 ans, et pourtant il raconte beaucoup sur une époque, ses goûts, et la place qu'on accordait à nos compagnons. C'est exactement le genre de découverte qui justifie de s'arrêter devant chaque vitrine, même sans grand événement à la clé.

Jean-Olivier