Musée des Beaux-Arts de Lyon

Musée des Beaux-Arts de Lyon
Le Musée des Beaux-Arts de Lyon, deuxième plus importante collection de France après le Louvre, est installé dans un ancien couvent du XVIIe siècle, ce qui donne déjà le ton : on traverse des salles immenses, entre pierre et fresques, avant même d'arriver devant les œuvres. Plutôt qu'un compte-rendu exhaustif, voici sept pièces qui m'ont arrêté, du XVIIIe siècle à 1903.
Claude Monet, Charing Cross Bridge, la Tamise (1903)
Impossible de passer à côté. Cette toile fait partie de la série que Monet a peinte depuis sa chambre du Savoy Hotel à Londres, entre 1899 et 1905, en traitant un même motif (le pont de Charing Cross sur la Tamise) à différentes heures et dans différentes conditions atmosphériques. Ce qui frappe ici, c'est à quel point le pont et les trains qui le traversent se dissolvent presque entièrement dans la brume, à la limite de l'abstraction, vingt ans avant que ce mot ait un sens en peinture. Cette toile est entrée dans les collections du musée par le legs de Raymond Koechlin en 1933, un collectionneur dont le nom revient souvent dans la provenance des grands impressionnistes arrivés dans les musées français.
Nicolas Sicard, L'Entrée du pont de la Guillotière à Lyon par un temps de pluie (1879)
Un peintre lyonnais (1846-1920) qui peint sa propre ville sous la pluie, et qui réussit à rendre l'humidité presque palpable. C'est le genre de toile qui ancre une collection régionale : moins connue du grand public que le Monet voisin, mais essentielle pour comprendre comment les peintres locaux dialoguaient avec les courants parisiens de leur époque, tout en gardant un sujet bien de chez eux.
Pascal Dagnan-Bouveret, Une noce chez un photographe (1879)
Une scène de genre pleine de vie : deux jeunes mariés posent dans l'atelier d'un photographe, entourés de leurs proches, dans une composition qui fourmille de détails. Le sujet n'est pas anodin. Dagnan-Bouveret peint ici la fascination de son époque pour la photographie, devenue accessible et populaire depuis les avancées de Niépce et Daguerre quelques décennies plus tôt. La toile s'inspire d'un véritable atelier de l'avenue des Ternes à Paris, et elle a connu un grand succès au Salon de 1879. On comprend pourquoi en la voyant : chaque personnage semble avoir sa propre histoire à raconter.
Antoine Jean Bail, La Fanfare de Bois-le-Roi (1881)
Antoine Jean Bail (1830-1918), originaire de la région lyonnaise, est surtout connu pour ses scènes d'intérieur et de cuisine dans la tradition des peintres de genre du XIXe siècle. Cette Fanfare sort un peu de son registre habituel en représentant une scène de vie villageoise plus animée, un témoignage agréable de la peinture de genre régionale, acquise directement auprès de l'artiste l'année suivant sa réalisation.
Albert Maignan, Le Réveil de Juliette (1887)
Une composition résolument théâtrale, inspirée de Roméo et Juliette de Shakespeare : le moment où Juliette se réveille de son sommeil provoqué par le philtre, alors que Roméo, croyant à sa mort, vient de s'empoisonner. C'est un sujet classique de la peinture d'histoire du XIXe siècle, qui consiste à emprunter à la littérature des scènes à fort potentiel dramatique, et Maignan (1845-1908) en tire une des œuvres les plus appréciées de sa carrière. La toile a été acquise par la Ville de Lyon directement auprès de l'artiste en 1887, avant d'intégrer formellement les collections du musée en 2018.
Jacques Joseph Baile, Fleurs jetées au bas d'un rocher (1851)
Un artiste lyonnais (1819-1856) mort jeune, dont cette nature morte florale, presque une scène de genre à elle seule, avec ces fleurs éparpillées au pied d'un rocher, témoigne d'une sensibilité romantique tardive. Acquise directement à l'artiste l'année de sa création, c'est une des pièces plus discrètes de la collection, mais qui mérite qu'on s'y arrête pour la délicatesse du rendu floral.
Joseph Chinard, Centaure dompté par l'Amour (1789)
On termine avec une pièce maîtresse de la sculpture néoclassique lyonnaise. Joseph Chinard (1756-1813), natif de Lyon et l'un des grands sculpteurs français de la fin du XVIIIe siècle, livre ici un groupe en marbre d'une virtuosité remarquable : un centaure musclé, les mains liées, dompté par un Amour ailé qui grimpe sur lui avec une légèreté presque insolente. Le contraste entre la puissance brute du centaure et la grâce enfantine de l'Amour est saisissant, et typique de l'art de Chinard, qui a su combiner rigueur néoclassique et sensibilité très humaine. La pièce est entrée dans les collections du musée en 1856.


